MARDOCHEE CHAY DARMON
et la communauté juive de Marseille à la fin du XVIII° siècle
Officiellement, les Juifs étaient bannis de Provence : le 2 mai 1682, le Roi de France, Comte de Provence "ordonne aux Juifs de sortir incessamment de son Royaume pour aller où bon leur semblera". En 1760, à la demande des marchands de la ville, le Parlement de Provence fait "défense aux Juifs de hanter, fréquenter et demeurer à Marseille...".
Malgré ces arrêts d'expulsion fréquemment renouvelés, un petit groupe de juifs se sont installés à Marseille : en 1768, est construite une petite synagogue; en 1783, est acheté un terrain pour y implanter le cimetière juif. A partir de Louis XVI, la pression diminue et en 1776, contre le paiement de 6000 livres, les Juifs obtiennent des lettres patentes les autorisant à séjourner dans toute la Provence (à la condition cependant de se déclarer juifs sépharades, ce qu'ils font tous!).
A la Révolution, la situation change : le 20 juin 1789, le Parlement de Provence donne aux syndics de la Communauté juive le droit de fixer eux mêmes les droits de résidence dans la ville de Marseille, comme c'était déjà le cas pour les communautés Sépharades de Bordeaux et de Bayonne.
A peine formée, la communauté se divise : en 1790, un groupe de syndics, dirigé par Daniel de Beaucaire (dit Rigaud) et Mordéchaï Chay DARMON (souvent orthographié d'ARMON!) décident d'établir une nouvelle communauté : ils s'emparent de 5 rouleaux de la Torah et ouvre une nouvelle synagogue. Menée par Israël VIDAL, la contre-attaque est brutale et débouche sur un retentissant procès. VIDAL accusent les contestataires de vouloir soumettre la communauté juive aux intérêts des plus riches, et surtout de vouloir maintenir les traditions de l'Ancien Régime et refuser les avancées de la Révolution : "les dominans, au nombre de douze, y ont voulu conserver des préséances que réprouve l'égalité des droits entre les hommes".
Le 23 février 1792, le Tribunal Civil de Marseille donne raison à Israel VIDAL et ses amis qui demandaient aux juges "de frapper cette coterie hébraïque qui, née de l'ancien régime, voulait lui survivre".
Mardochée Chay DARMON, malgré cet échec, reste un des principaux marchands juifs de Marseille. Il figure, avec douze autres noms, dans le recensement des négociants juifs de Marseille réalisé en 1808. Il se déclare originaire de Tunis (il n'est plus nécessaire de se dire Sépharade!) mais réside à cette date à PARIS. Ses enfants, Abraham, Lune et David, nés à TUNIS, habitent Marseille.
A consulter :
-The Jews and the French Révolution - Zosia SHASKOWSKI - NY 1978
-"Les négociants juifs de Marseille au XVIII° siècle" in Archives Juives -1977- n°1